Méritocratie : l’aide sociale réservée aux « bons pauvres » ?

Mons, samedi 17 octobre 2026, Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, Laeticia mourait à 48 ans, moins de 24 heures après son hospitalisation, et des mois en rue, en fauteuil roulant.
Tandis que le monde était invité à réfléchir à la pauvreté et à la dignité humaine, cette femme sans domicile mourait à l’hôpital. Au-delà des causes médicales de son décès, ses conditions de vie interrogent.
Des réponses avaient été proposées, sans souci de QUI elle était, mais de ce qu’elle était : « SDF ». Comment exiger d’une femme en fauteuil, sans GSM, vivant dans un parking, dépendant des autres, qu’elle accomplisse des démarches complexes ?
Des démarches, elle en avait fait. Des dossiers avaient été introduits par une association montoise. Où étaient-ils ? En dessous de la pile où s’organise l’invisibilité ?
Deux jours plus tard, d’autres histoires révélaient un système qui prive les personnes précarisées de leurs droits et les responsabilisent.
Un homme sans domicile, marchant à peine, avait été hospitalisé à Helora grâce à l’intervention et à l’insistance de citoyens et d’associations inféodées à la Ville.
Ce lundi, il découvrait sa sortie. Non annoncée, avec retour à la rue. Aurait-on réservé le même sort à une personne « du dedans » ?
Combien de situations similaires dans les hôpitaux ?
Ce lundi, un homme vivant sous tente comparaissait sans avocat. Deux CPAS tardent depuis des mois à régulariser sa situation, ce qui empêche l’accès à un avocat.
Le tribunal accorde une échéance d’un mois pour régulariser sa situation. Il faut contacter en urgence l’assistant social en cause dans ce blocage. Son répondeur redirige vers la centrale.
Une standardiste exige : identité, légitimité, motifs. Le mot « tribunal » suffit pour qu’elle évoque la culpabilité ! Du standard au tribunal, il n’y a qu’un préjugé ! Elle interdit tout contact avec le travailleur social. Il faudrait donc être irréprochable pour obtenir une aide ?
Après un ordre d’expulsion de la Ville pour insalubrité de leur immeuble, un couple est livré aux dangers de la rue. Un courrier les renvoie vers les services logement sans accompagnement humain.
Pour protéger d’un logement jugé dangereux, Mons qui s’enorgueillit de lutter contre les marchands de sommeil, oublie les êtres humains dans cette équation où la gentrification se porte bien ?
Faut-il mériter le droit d’être aidé ?
Depuis 2024, à Bruxelles, le Masterplan et le Front commun des SDF défendent le principe de « prévenir plutôt que guérir ». Mons, comme d’autres villes, préfère réparer plutôt que prévenir, au mépris du coût humain et financier.
Le système néglige la prévention, privilégie la réparation et rend les personnes responsables de leurs difficultés pour mieux se dédouaner.
Des travailleurs sociaux, malgré un contexte difficile, montrent leur volonté de répondre aux besoins. Ils cherchent à comprendre et des solutions.
Le 2 octobre 2015, à Mons, Micke, sans chez-soi, mourait sur fond de refus de soins. Sa mort avait suscité une mobilisation citoyenne et ouvert une concertation entre les autorités communales, les personnes de la rue et les associations officielles et autonomes.
Tous avaient enfin voix au chapitre ! On parlait avec elles, rompant avec un paternalisme infantilisant qui nie leur histoire, leurs choix, leurs compétences et leurs droits.
Faut-il mériter le droit d’être aidé ? Prouver sa bonne conduite et disposer des moyens qui manquent quand on a besoin d’aide ?
D’un côté, les « bons pauvres » : formulaires remplis, horaires respectés, rendez-vous honorés, comportements attendus. De l’autre, ceux qui souffrent : addictions, troubles psychiques, sans moyens administratifs ou intellectuels : les « sans-mérite » ?
Etre aidé serait une récompense pour bonne conduite ? Une charité, une faveur ? Pourquoi les personnes en grande pauvreté doivent-elles prouver leur mérite quand les décideurs n’ont aucun compte à rendre ?
Les personnes en grande pauvreté n’ont pas à mériter leurs droits. Les institutions ont l’obligation de les respecter. Alors, au lieu de juger ceux qui demandent de l’aide, quand commencera-t-on à demander des comptes à ceux qui doivent la garantir ?
Onze ans plus tard, où est cette concertation de 2015 ? Combien de morts pour retrouver la parole ?
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S'abonnerQuelques règles de bonne conduite avant de réagir3 Commentaires
Une injustice flagrante par rapport à ceux qui (parmi les démunis) ont le moins les moyens de se défendre ... Espérons que ça change !
Si les faits dénoncés sont exacts, c'est très inquiétant de voir cela se passer en Belgique et encore plus inquiétant de voir cela se passer à Mons ! Pour rappel, la Ville est depuis des lustres dirigée par le PS et depuis les élections de 2024 par une majorité PS - Ecolo - PTB. C'est d'ailleurs surtout le PTB qui se tirerait une balle dans le pied. Mais, faut vous dire, Monsieur, que chez ces pauvres là, on ne vote pas, Monsieur, on ne vote pas ...
+1. Comme quoi on peut être d'accord entre nos désaccords.