Le 11h02 : «L’Europe ne doit pas avoir peur du vote catalan»

Les partis indépendantistes ont remporté la majorité absolue des sièges aux élections régionales en Catalogne, un succès qu’ils présentent comme un mandat pour mener cette riche région d’Espagne vers la sécession. Mais leurs adversaires ont refusé de reconnaître leur victoire, soulignant qu’ils n’avaient pas recueilli la majorité des voix.

Après le dépouillement de 97% des bulletins, la liste «Ensemble pour le oui», principale coalition indépendantiste, obtient 62 sièges. L’autre liste indépendantiste, d’extrême gauche, Candidature d’unité populaire (CUP), en obtient 10. Ensemble, leurs 72 sièges dépassent la majorité absolue à 68 sièges sur 135. En pourcentage, elles ont recueilli 47,8% des suffrages, selon ces résultats.

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Quelles conséquences aura le vote catalan en Europe ? Voici le résumé du 11h02 avec Maroun Labaki, chef de la rubrique Monde.

Les indépendantistes ont-ils gagné ou non ?

Le camp indépendantiste a obtenu 72 députés, soit la majorité en sièges, mais avec seulement 47,8% des votes. Il a donc à la fois gagné et perdu.

Les indépendantistes d’un peu partout en Europe ont félicité la victoire de leurs homologues catalans. L’Europe pourra-t-elle accepter une éventuelle sécession?

La première conséquence de ce vote est le maintien d’une dynamique de revendication indépendantiste en Europe. Il y a un an, les Ecossais avaient rejeté cette perspective, mais aux élections de mai, les indépendantistes écossais ont remporté un succès phénoménal. Je ne suis pas de ceux qui pensent que c’est mauvais pour l’Europe car on ne sait pas ce qui va se passer, ni en Ecosse ni en Catalogne.

Que pourrait-il se passer en Catalogne ?

Il faudra déjà que les indépendantistes s’entendent entre eux et qu’ils mettent en œuvre une politique de dialogue avec Madrid, avec l’idée d’un référendum, ou qu’ils obtiennent certains pouvoirs, via une modification de la Constitution espagnole pour aller, par exemple, vers un système fédéral. L’extrême serait une déclaration unilatérale d’indépendance. Ce n’est qu’ensuite que l’Europe serait interpellée sur le plan institutionnel.

Les indépendantistes ont promis un gouvernement dans les 18 mois ?

On entre dans un scénario de science-fiction qui ne s’est pas encore produit en Europe. Je pense qu’il serait politiquement inconcevable que des régions comme l’Ecosse ou la Catalogne soient considérées, en cas d’indépendance, comme des pays totalement étrangers avec lesquels il faudrait repartir à zéro.

N’est-ce pas un paradoxe de voir que l’Union européenne manque d’union et que par ailleurs, les nationalismes s’expriment ? Faisons-nous face à un manque d’identité européenne ?

Le sentiment d’appartenance à l’Union n’est pas très développé mais il se développe davantage dans la jeune génération. A travers les échanges universitaires, les voyages plus faciles, les gens se rendent compte qu’ils partagent énormément de choses. Certes il subsiste des sentiments nationaux locaux, ce qui fait aussi la richesse de l’Europe. Que certaines régions revendiquent davantage d’autonomie, pourquoi pas ? C’est une question de démocratie. Et la démocratie n’est pas un problème mais une solution : l’Europe ne doit pas avoir peur de la démocratie.

La moitié des gens n’ont pourtant pas voté pour l’indépendance ?

En effet, la Catalogne est littéralement coupée en deux aujourd’hui.

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