Quelles perspectives pour les nouvelles luttes citoyennes?
Comme l’attestent ces derniers mois, la puissance de ces luttes citoyennes a pu être mesurée par le haut degré de sensibilisation des citoyens sur ces accords et par son impact sur les représentants politiques francophones belges. Ces mouvements peuvent dès lors déjà être fiers de ces quelques victoires. Comment expliquer la force de ce mouvement ? Quelles leçons pouvons-nous tirer pour les luttes futures ?
« Nous sommes les 99 % »
Sur base de nombreux témoignages de militants que nous avons récoltés dans la dernière étude de la Commission « Justice et Paix », c’est une impression de grande diversité qui apparaît. Hormis une tranche relativement réduite de la société, des gens issus de toutes les couches de la population, des classes populaires aux classes moyennes, s’inquiètent de la possible application de tels accords. Cette large représentation de la population évoque d’autres mouvements qui ont émergé il y a quelques années, « Occupy Wall Street » à New York ou « Les Indignés » en Espagne en 2011. En Belgique, le combat actuel contre les négociations entourant le TTIP et le Ceta n’est pas loin de pouvoir s’approprier le slogan symbolique « nous sommes les 99 % » scandé par le mouvement new-yorkais. Force est de reconnaître que ces nouvelles applications de politiques d’intensification du commerce international n’interpellent pas seulement des ouvriers ou des associations militantes, mais également des patrons de PME, des agriculteurs, des indépendants ou des cadres d’entreprises, toutes des personnes issues d’une strate de la société dont on aurait pu croire qu’elles seraient, a priori, acquises à des politiques de libre-échange.
Une émulation contagieuse
Par ailleurs, la joie exprimée par des personnes et des associations engagées dans ce combat n’est pas à sous-estimer dans l’ampleur prise par la mobilisation. Beaucoup de personnes ont d’ailleurs laissé transparaître l’enthousiasme qu’elles avaient eu à mener des actions militantes, quelle que soit leur nature. Le fait de marcher ensemble dans la rue, de débattre ou d’organiser démocratiquement des actions constitue un vecteur de passion puissant, capable de mener loin un mouvement. Cette ivresse du rassemblement et de la réappropriation de la chose publique par les citoyens contraste avec la souffrance qu’endure un grand nombre de personnes isolées par les effets structurels du monde moderne. Cette allégresse commune constitue dès lors elle-même un acte militant dans un monde relativement cloisonné. Se retrouver entre personnes et associations issues de milieux différents, s’organiser, créer des projets pour peser sur le réel comporte un potentiel d’émulation contagieuse dont les effets politiques peuvent être énormes. Dans ce contexte, la créativité, l’humour et la dimension artistique déployés par certains activistes participent de cette dimension passionnelle.
La haute exigence d’une démocratie interne aux différents mouvements est une autre condition favorable à cette émulation. Le système d’autogestion à l’œuvre dans TTIP Game over et les objectifs démocratiques poursuivis par des plateformes de convergence comme l’Alliance d19-20 et STOP TTIP-CETA ont favorisé la mise en place des conditions d’un sentiment d’émulation partagé et de joie indispensables pour que chaque militant puisse se sentir investi d’une énergie.
Un nouveau cap
En cette fin d’année 2016, formulons une résolution pour les années futures : que la coalition des énergies diverses, la grande créativité des actions menées et la contagion passionnelle observées cette année constituent un terreau sur base duquel pourra croître un nouveau projet tourné vers l’avenir ! Le mouvement engagé doit pouvoir se nourrir d’espoir et de nouveaux objectifs. Sans se bercer dans l’illusion d’un grand soir, le moment est peut-être venu d’ouvrir des perspectives vers un autre monde possible, en associant à un discours de contestation, un discours résolument positif. Dans ce contexte, emboîtons le pas à la Déclaration de Namur et à un projet de traité contraignant en gestation à l’ONU. Après une position défensive, donnons-nous un coup d’avance ! Pourquoi ne pas imaginer une large convergence des luttes en faveur d’un traité international contraignant qui chapeauterait tous les traités bilatéraux en vigueur et qui obligerait les sociétés transnationales à respecter les droits humains et l’environnement ?





