Le film du jour à Cannes: «Le fils de Saul», de Laszlo Nemes
Ce que l’on attend. De nationalité hongroise, le jeune Laszlo Nemes a perdu une partie de sa famille à Auschwitz. C’est dire si raconter cette histoire lui tenait particulièrement à cœur. Mais parler de l’enfer des camps est toujours périlleux. Le jeune Hongrois, qui s’est inspiré notamment d’un livre de témoignages publié par le Mémorial de la Shoah, « Des voix sous la cendre », en fait pourtant le sujet de son premier film.
Ce que j’en pense. Premier choc de la compétition. Claude Lanzmann, auteur de « Shoah », ne pourrait pas cautionner ce film puisqu’il est dans la représentation de l’horreur innommable. Pourtant, le parti-pris radical du jeune Nemes, qui frappe fort pour un premier film, apporte quelque chose de nouveau dans cette représentation. En filmant à hauteur d’homme et du seul point de vue de son personnage central, il projette le spectateur dans le concret de l’enfer des camps. On voit ce que voit le personnage ni plus ni moins. Sans esthétisme, dans une image brute et brutale, sans aucune complaisance. L’horreur est palpable en permanence qu’elle soit filmée floue, en arrière-plan ou hors-champ. Et plus encore que les images qui sont effectivement insoutenables, ce sont les bruits qui hanteront les spectateurs. Cris de femmes, pleurs d’enfants, hurlements des SS, coups de feu, bruit des flammes des fours de crémation, bruit des brosses qui frottent énergiquement le sol des douches à gaz, bruit des pelles qui jettent les cendres… Le spectateur est mis sous tension. Tout relayant ce voyage au bout de l’enfer dans une cadence infernale. Et la quête de Saul qui paraît bien veine dans ce chaos destructeur se vit comme un dernier élan vers une humanité. Quand un camarade lance à Saul : « tu abandonnes les vivants pour les morts » et que ce dernier lui répond « Mais on est déjà mort », on peut y déceler toute la barbarie de l’extermination. Et on gardera en mémoire Géza Röhrig, écrivain et poète hongrois qui incarne Saul. Son visage dit tant dans le silence, l’action ou l’immobilité. Et, avec le film, fait œuvre essentielle de mémoire.
Petit plus. Laszlo Nemes est le seul à présenter un premier film en compétition. Il est donc en lice pour la Palme d’or et la Caméra d’or.





