Un an après l’attentat au Musée juif: «En tant que rescapée, je n’aurais jamais imaginé vivre cela»

C’est sous un soleil généreux que près de 500 personnes se sont rassemblées ce dimanche après-midi pour honorer la mémoire des quatre victimes de l’attentat du Musée juif, qui, il y a un an exactement a coûté la vie à Emanuel et Miriam Riva, Dominique Sabrier et Alexandre Strens.

Alors que le centre de Bruxelles fourmille de touristes, que les terrasses sont prises d’assaut et que des concerts, des brocantes ou des antiquaires complètent, ici et là, l’ambiance particulièrement animée de la capitale, une rue du quartier du Sablon vit un instant un peu à part ce dimanche après-midi. De chaque côté de la rue des minimes, des barrières bloquent l’accès aux véhicules et, tout le long, plusieurs dizaines de policiers encadrent le rassemblement. L’hommage est organisé par le CCOJB, le Comité de coordination des organisations juives de Belgique. Et ils sont plusieurs centaines à avoir répondu présent pour se recueillir un instant à la mémoire des victimes. Nombre d’entre eux portent un badge rond « Bruxelles, 24 mai » et sa traduction en Hébreux.

Yaël est présente pour « la commémoration d’un acte antidémocratique et antisémite ». « Il ne faut pas oublier et surtout s’assurer que cela ne se reproduira plus », insiste cette membre de la communauté juive. Si elle apprécie les efforts réalisés par l’Etat belge pour assurer la sécurité depuis les attentats, elle entend aussi « dire qu’on pourrait encore faire mieux », glisse-t-elle. De nombreux hommes politiques sont d’ailleurs présents. « Ca oui les politiques sont présents, reprend son fils, Ilan, un peu plus remonté. Pour le reste, on a passé l’âge d’espérer croiser dans ce genre de rassemblement des gens extérieur à la communauté ! » Pour le jeune homme, le Musée juif n’a pas provoqué la prise de conscience attendue dans la population. L’indignation a duré quelques jours tout au plus, estime-t-il… « C’est encore considéré comme « normal » que des Juifs soient tués », souffle sa mère.

« On a toujours connu l’insécurité »

Un peu plus loin ces jeunes tenaient eux aussi à témoigner de leur soutien aux victimes. « Nous avons aussi un devoir de mémoire », argumente une jeune fille. Pourtant pour ces jeunes qui ont grandi dans des écoles juives et un milieu hyper sécurisé, l’attentat n’était pas réellement une surprise. « On a toujours connu l’antisémitisme et l’insécurité. Même si pour nos petits frères et sœurs c’est encore plus traumatisant d’être accueilli par des militaires armés ». Le 24 mai a néanmoins été un choc : « Le dernier attentat en Belgique, à Bruxelles, rue de la Régence, remontait aux années 70… »

Pour Irène, rescapée d’Auschwitz, la date du 24 mai est un double symbole : « C’est aussi un 24 mai très exactement que ma sœur, qui avait alors 16 ans, a été assassinée par les Allemands ». « Je n’avais pas encore pu venir au Musée depuis les événements, explique la vieille dame. C’est mon devoir d’être ici. Je suis très agréablement surprise qu’il y ait autant de gens, et surtout aussi des non-juifs ! » C’est le cas de Véronique, qui accompagne Irène et Sabine. Pour elle, « ce qui arrive à la communauté juive nous menace tous et menace, même si c’est bateau à dire, nos valeurs ». D’ailleurs, pour Sabine, la réponse aux attentats ne doit pas être juste sécuritaire : « Nous devons surtout mettre en avant notre socle commun, notre amour de notre pays et de nos libertés » Pour cette Belge juive, ses deux identités sont indissociables. Elle qui refuse de partir s’est tout de même interrogée. Elle a assisté au salon de l’Alya qui s’est tenu il y a quelques mois à Bruxelles. « J’en suis sortie en pleurant : je me sens Belge avant tout ! », confie Sabine, très émue. Pour ce petit groupe de femmes, l’attentat du Musée n’a donc pas été un déclencheur décisif. Irène refuse par ailleurs de comparer la période actuelle aux années 30 ou 40 comme on l’entend souvent. «  L’histoire ne se répète pas comme ça, de la même manière. Mais c’est quand même horriblement triste ce qui nous arrive aujourd’hui. En tant que rescapée je n’aurais jamais imaginé qu’on devrait un jour à nouveau se rassembler comme aujourd’hui… »

Plusieurs politiques étaient présents, à commencer par le premier ministre, Charles Michel. «  En tant que Premier ministre, je tiens à souligner la détermination de l’ensemble du gouvernement dans cette lutte en faveur des valeurs fondamentales et de la sécurité. Nous ne serons jamais en mesure de réduire le risque à zéro, mais nous pouvons, par contre, prendre des mesures pour améliorer la sécurité et c’est ce que nous avons commencé à faire l’année dernière », a déclaré le Premier. Étaient également présents, le bourgmestre de la ville de Bruxelles, Yvan Mayeur, ou encore Joëlle Milquet, ancienne ministre de l’Intérieur au moment des faits et actuelle ministre de l’enseignement et de la culture, Zakia Khattabi (coprésidente Ecolo), Viviane Teitelbaum ou Jacques Brotchi. Yvan Mayeur a pris la parole et a notamment insisté : «  Bruxelles est juive et les Juifs y ont toute leur place ! » Le nouveau président du CCOJB, Serge Rozen a également prononcé un discours d’hommage et a invité l’assemblée à observer une minute de silence.

Des bougies attendaient les personnes désireuses d’en déposer une devant le musée, en hommage aux victimes. Vers 16h30, l’attroupement commençait à se disperser.