Indépendance: la Catalogne retient son souffle

Dimanche, lors d’élections régionales anticipées, les Catalans répondront à l’appel d’Artur Mas, le dirigeant de la Communauté Autonome, pour la création d’un Etat indépendant. Reportage.

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La rue semble s’être prononcée. La marée humaine qui scandait son désir d’indépendance le 11 septembre dernier, jour de l’ouverture de la campagne, a déserté les avenues de la capitale catalane. Mais l’heure approche et les drapeaux indépendantistes, qui flottent en nombre sur presque chaque édifice, rappellent l’échéance à qui lève la tête. Alors la rue attend patiemment, pendant que la dernière bataille se livre sur papier.

L’enjeu principal est économique

« Est-ce une révolution ? », interrogeait El Paisce mardi. Andreu n’y croit pas. «  Les choses ne se feront pas du jour au lendemain », confie-t-il depuis son siège de métro. La cinquantaine bien tassée, chemise bleue rayée et chaussures cirées, il votera en faveur de l’indépendance ce dimanche. «  Parce que l’Etat espagnol ne tient pas compte de l’identité catalane ». Lui qui avoue se sentir «  très peu » espagnol n’a pourtant pas l’âme d’un indépendantiste. Ce qu’Andreu constate comme beaucoup d’autres, c’est que quel que soit le gouvernement de Moncloa, «  cet état de fait ne changera pas ».

C’est aussi l’avis d’Adria. «  On a tenté d’ouvrir le dialogue, mais on s’est retrouvé face à un mur », estime cet étudiant en économie. «  Il y a quatre ans, je ne me considérais pas comme indépendantiste », intervient un camarade. Trois autres hochent la tête. Tous expliquent qu’un état fédéral leur aurait amplement suffi. Car l’enjeu principal est clairement économique : «  le gouvernement national empoche nos impôts mais n’investit rien en Catalogne. »

L’exemple sur toutes les lèvres, ce sont les autoroutes. «  On paye pour des kilomètres de trois voies désertes autour de Madrid, quand la Catalogne n’a droit à rien depuis des lustres », s’insurgent-ils. Le sentiment d’injustice gronde et la sécession semble aujourd’hui la seule issue possible pour bon nombre de Catalans. A tel point que la question de l’indépendance a gommé les frontières politiques. «  On verra ensuite qui l’on veut au pouvoir », admet le groupe.

« Le 28 nous proclamerons l’indépendance »

Sous la bannière d’« Ensemble pour le Oui », le centre gauche, les chrétiens-démocrates et diverses associations citoyennes ont fait pacte avec Convergència, le parti d’Artur Mas, dont la politique d’austérité n’est pourtant pas du goût de tous. C’est sur ce tableau que joue la CUP, l’autre force indépendantiste. «  Le 27 nous gagnerons, le 28 nous proclamerons l’indépendance et le 29 nous la défendrons où il faudra », déclarait dimanche son leader Antonio Baños devant un auditoire comble. Ils auront la voix de Lluís, qui leur fait confiance pour «  bousculer » un gouvernement et un régime monarchique «  avec lequel il faut en finir ».

Consciente que la coalition en tête des sondages dépendra de ses voix pour obtenir la majorité absolue, la CUP a donc promis que le gouvernement issu des élections ne serait que provisoire, jusqu’à l’obtention d’un véritable consensus. Et d’ajouter que «  les Pays Catalans seront la tombe de la Troïka ». Si le parti de gauche radical se lave les mains d’une sortie de l’Union européenne, l’Eurodéputé indépendantiste et libéral Ramon Tremosa tente de rassurer. «  Lundi nous continuerons tous d’être Espagnols. Personne ne sera exclu de nulle part jusqu’à ce que l’Espagne reconnaisse l’indépendance et que le programme de transition n’ait abouti », a-t-il expliqué ce mardi devant une poignée d’étudiants de l’Université de Barcelone.

Assise à ses côtés, Elvira Dúran mise sur la colère des désillusionnés. «  Les possibilités de changer l’Espagne sont minimes. Mais celles de changer la Catalogne existent » . Née à Valence, elle fait partie de ces castillanophones d’origine qui défendent le droit à l’autodétermination des Catalans. Gemma, elle, est Catalane depuis toujours et retraitée depuis longtemps. «  Je suis sûre qu’avec le temps, nous pourrions nous en sortir très bien tous seuls », raconte-t-elle. Mais ce jour-là elle ne le verra pas, et pour l’instant ce qui la préoccupe c’est la peur de voir les banques s’effondrer. Avec ses 800 euros mensuels de pension, elle ne s’en sortirait pas. Alors pour dimanche, elle ne sait pas.

« La propagande » des indépendantistes

Si le drapeau indépendantiste n’a rien d’un bâillon, l’écho de la voix des fidèles à l’Espagne se fait discret. Rien d’étonnant pour Isabel qui dénonce la «  propagande » d’une partie des indépendantistes. Car si le gouvernement espagnol a bien des torts à ses yeux, celui de Catalogne «  ferait mieux d’investir dans le secteur de la santé que de financer des pseudo-ambassades ralliées à sa cause ». Elle n’en doute pas, les Catalans verront leur niveau de vie chuter en cas d’indépendance, malgré les «  promesses mensongères » de la Generalitat.

Alberto, trente-deux ans et arrivé de Galicie il y a peu, comprend ces «  indépendantistes de toujours ». Mais c’est avec un peu d’amertume qu’il perçoit «  la mode sécessionniste » des dernières années, «  basée sur des questions économiques » . Que chaque région participe en fonction de ses ressources lui paraît naturel.

Les voix des indécis pourraient faire la différence.

 

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