L’indépendance catalane, un pari économique risqué?

Début septembre, Artur Mas a présenté une « Etude sur la viabilité économique du nouvel Etat ». Mais pour certains, ce rapport n’est pas fiable.

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Plutôt Danemark ou plutôt Grèce ? A quelques jours du scrutin régional – ce sera dimanche- qui pourrait donner la majorité absolue aux indépendantistes, le futur de la Catalogne se dessine différemment selon qu’on soit partisan ou adversaire de la sécession. Le président du gouvernement catalan Artur Mas, un des principaux artisans de la coalition indépendantiste « Ensemble pour le Oui », n’a pas d’inquiétudes quant aux retombées économiques d’une séparation de la région du reste de l’Espagne.

► Lire notre reportage : Indépendance: la Catalogne retient son souffle

« Ce rapport n’avance pas de chiffres fiables »

Début septembre, Artur Mas et plusieurs responsables de la candidature sécessionniste ont présenté une « Etude sur la viabilité économique du nouvel Etat », dans laquelle ils considèrent qu’une séparation « négociée » avec Madrid serait « bénéfique pour les deux parties. » « La Catalogne indépendante deviendra la douzième économie de l’UE, avec un PIB par habitant similaire à la Finlande ou le Danemark », détaille le rapport, qui assure également que la dette « catalane » serait créditée d’un A+ par les agences de notation, quand celle de l’Espagne est actuellement BBB. L’indépendance permettrait en plus à la Catalogne, toujours selon ce document, « d’augmenter ses exportations vers l’Espagne et les autres pays européens. »

Cette vision optimiste des indépendantistes – pour qui la séparation permettrait aussi une réduction du chômage, du taux actuel en Catalogne de 19,7 % de la population active aux alentours de 10 % – est loin de faire l’unanimité. « Ce rapport n’avance pas de chiffres fiables, critique Angel de la Fuente, économiste de FEDEA, la Fondation d’études de l’économie appliquée. C’est une question de foi. C’est difficile de défendre les effets positifs de l’indépendance en matière économique à partir du moment où la Catalogne peut se retrouver hors de la zone euro. »

Le futur d’un état catalan indépendant au sein de l’Union Européenne – et donc au sein de la monnaie unique- est considéré comme le point clé par tous les acteurs économiques. « Si le nouvel état sort de l’euro, que se passera-t-il ?, s’interroge Angel de la Fuente. 50 % des exportations de la Catalogne vont vers l’Espagne, 25 % vers les pays européens. Comment gérer ces échanges si les Catalans n’ont plus la même monnaie, si leurs voisins rétablissent des droits de douane ? »

20 % du PIB espagnol

Pour les indépendantistes, malgré les avertissements répétés de la Commission Européenne, il n’y a aucun doute, l’UE ne se passera pas des 7,5 millions de Catalans, qui pèsent près de 20 % du PIB espagnol : « Nous ne resterons pas un millième de seconde hors de l’Union Européenne », assure Oriol Amat, un des candidats de la liste « Ensemble pour le Oui. » Le son de cloche est bien différent chez d’autres acteurs économiques, qui s’inquiètent ouvertement des conséquences d’une possible sécession. Luis Maria Linde, président de la Banque d’Espagne a expliqué en fin de semaine dernière que « la sortie de l’euro est automatique » en cas de sécession d’un territoire, ce qui signifie aussi que « les entités bancaires de ce territoire cessent d’avoir accès aux facilités de la BCE. » Une situation qui selon Linde pourrait entraîner « un contrôle des capitaux, comme en Grèce récemment. »

Les banques espagnoles se sont d’ailleurs alliées pour une déclaration inédite pour mettre en garde « les risques pour la stabilité financière » que générerait la sécession catalane. La principale organisation patronale espagnole, la CEOE, et celle des petites et moyennes entreprises, la CEPYME, ont également averti des « graves conséquences pour l’économie, les entreprises et le bien-être des citoyens » qui résulteraient « en Catalogne et en Espagne » d’une déclaration d’indépendance. Les grands syndicats espagnols ont eux aussi montré en début de semaine leur opposition au processus qui pourrait être engagé en cas de victoire des séparatistes. « Les coûts seront élevés, c’est évident », insiste Angel de la Fuente, qui soulève aussi la question du futur des multinationales dont le siège est installé en Catalogne : « Resteront-elles si la région n’est plus dans la zone euro ? »

 

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