Un cordage réparé sur un cœur qui bat

Une intervention réussie à l’UCL pour un patient inopérable avec les techniques traditionnelles qui supposent un arrêt cardiaque. L’outil chirurgical, miniaturisé, est introduit par la pointe du cœur et permet de fixer de nouvelles liaisons artificielles.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 4 min

C’est la première fois que cette technique innovante d’opération cardiaque est employée en Belgique : les chirurgiens cardiaques des cliniques universitaires St-Luc (UCL) ont réussi à poser des cordages artificiels en gore-tex sur une valve mitrale sans devoir arrêter le cœur du patient. Explication : la valve mitrale, à chaque battement du cœur, empêche le sang oxygéné de « retourner en arrière » du ventricule vers l’oreillette gauche, pour qu’il suive ensuite la voie de l’aorte. Cette valve, qui ressemble un peu à un tissu de parachute et comprend deux parties, doit cette propriété à des cordages élastiques qui sont ancrés dans le muscle du cœur.

Mais un cœur bat des milliards de fois dans une vie. Cette élasticité se réduit donc avec le temps et, parfois, sous l’effet d’une déformation du cœur, certains de ces cordages peuvent carrément se rompre, empêchant la valve de fonctionner correctement et entraînant un déficit d’oxygénation du corps. Les chirurgiens cardiaques peuvent refixer de nouveaux cordages artificiels, mais il était nécessaire jusqu’à présent d’arrêter le cœur et les poumons du patient durant le temps de l’opération, en utilisant un système de circulation extracorporelle qui apporte l’oxygène nécessaire. « On peut travailler à cœur ouvert, par une minitrachéotomie ou grâce à un robot chirurgical, mais cela impose toujours un arrêt du cœur », explique le professeur Gébrine El Khoury, chef du service de chirurgie cardiovasculaire des cliniques St-Luc.

La nouvelle technique, qui n’a été utilisée que dans quatre pays dans le monde, consiste à introduire un nouvel outil de la taille d’un petit doigt à travers la pointe du cœur. L’outil, baptisé NeoChord DS1000, ressemble à une fine aiguille à tricoter. Après introduction, il se divise ensuite en deux parties mobiles séparément, qui permettent de saisir les bords de la valve et d’y « coudre » littéralement les cordages de remplacement sur la valve défaillante, alors même que le cœur continue à battre. Une fois posés, ces cordages permettent à la valve de s’ouvrir et de se fermer de manière similaire à l’organe naturel. « Vu l’état général du patient et son âge avancé, une technique qui imposait l’arrêt du cœur comportait un très haut risque chirurgical, trop important que pour la proposer », explique le chirurgien.

Une réduction des risques

L’opération n’est évidemment possible que grâce à un système d’imagerie en trois dimensions et en temps réel qui permet de voir si la fuite de la valve est bien réduite suite à la pose des différents cordages artificiels. «  Le vieillissement de la population risque d’entraîner de plus en plus de cas où le patient est à haut risque chirurgical. Cette technique permet de réduire les risques », souligne le professeur Gébrine El Khoury.

Les fuites de valves cardiaques apparaissent souvent de manière discrète et progressive, via un souffle au cœur qui se manifeste par un murmure au stéthoscope. Les symptômes sont parfois discrets, comme un essoufflement après l’effort, des palpitations, de la toux au coucher, une fatigue chronique ou des pieds gonflés. Non traitée, la maladie évolue ensuite vers l’insuffisance cardiaque et la fibrillation auriculaire, avec un risque de décès important.

Dans le cas d’une valve très abîmée, il faut parfois se tourner vers la pose d’une valve artificielle, mais c’est une opération lourde et complexe. La médecine tend plutôt à tenter de réparer la valve défaillante avant qu’elle ne soit plus fonctionnelle. Une technique qui offre l’avantage d’une mortalité plus réduite lors de l’opération, mais aussi une survie améliorée et un risque diminué de complications comme un AVC ou une infection. De plus, les patients ne doivent pas utiliser d’anticoagulants, ce qui est le cas lors de la pose d’une valve mécanique artificielle.

 

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