Le style Marghem agace, même au sein de la majorité

La ministre Marghem doit changer de ton et de style, selon plusieurs sources de la majorité. Ce jeudi, son audition s’annonce explosive.

Chef du service Enquêtes Temps de lecture: 4 min

Il y a d’abord eu cette phrase signée Olivier Chastel au micro de Bertrand Henne (La Première) ce mercredi matin. Le président du MR y affirmait que la ministre de l’Energie, Marie-Christine Marghem (MR), « aurait pu être plus spontanée à donner un certain nombre de textes réclamés par le Parlement ».

Mais Chastel ne dramatisait pas : « Elle a désormais cet élément en tête(comprenez : elle a bien appris la leçon, NDLR) », ajoutant que la majorité est « tout à fait soudée autour de la ministre et de son projet de loi ».

« Si elle continue comme ça, tout peut arriver »

Circulez, il n’y a rien à voir ? Pas tout à fait. Car ça commence à grimacer en coulisses. « On n’est pas dans un jeu, avance un élu de la majorité. La ministre a un style très particulier, elle joue cavalier seul et préfère taquiner l’opposition que de défendre son texte de loi. Si elle continue comme ça, tout peut arriver… La balle est dans son camp. Si elle continue à faire de l’opposition contre l’opposition, tout peut arriver », répète cet interlocuteur.

Revenons sur le dossier qui pose problème, à savoir la prolongation décennale des réacteurs nucléaires de Doel 1 et 2. Depuis deux semaines, les députés de la commission Economie ont passé plus de 30 heures à débattre du texte de loi défendu par la ministre. Si les débats ont parfois été houleux, le pic de tension a été atteint ce mardi, après publication d’un article dans Le Soir et De Morgen qui illustrait que la ministre avait caché un avis juridique aux députés, un avis dont elle s’était pourtant très fortement inspirée (en supprimant les passages plus nuancés).

«  Mensonge », «  manipulation », «  plagiat » ; l’opposition n’a pas été tendre. Mais la ministre s’est entêtée, en multipliant les interviews sur des plateaux télé pour se défendre… ce qui a plutôt eu tendance à lui nuire. Elle a par exemple affirmé dans l’émission Terzake sur la VRT qu’elle disposait de l’avis juridique depuis plusieurs mois… alors que ce texte a été demandé le 24 avril dernier.

Marghem s’expliquera ce jeudi

« En s’entêtant, un peu par péché d’orgueil, elle a fait en sorte que l’affaire commence à tourner au cirque alors qu’on aurait pu éteindre l’incendie », nous glisse-t-on dans l’entourage de la ministre. Il nous revient d’ailleurs à plusieurs sources que le Premier ministre Charles Michel et le président libéral ont tous deux fait savoir à leur ministre qu’elle devait assouplir son style et être plus transparente. Un carton jaune, en somme. Charles Michel a par contre réfuté tout «  mensonge » de la ministre hier soir, sur le plateau de la RTBF.

Et Marie-Christine Marghem aura l’occasion de s’expliquer dès ce jeudi. Majorité et opposition se sont entendues pour organiser une séance spéciale de la Commission Economie à 10h15, ce jeudi matin. Et, au vu du contenu de l’avis du Conseil d’État décrit en page Une (que la ministre a d’abord refusé de transmettre avant que les membres de la majorité ne l’y contraignent), nul doute que les explications sont attendues de pied fermer.

Car, une fois encore, la ministre a tu depuis le 8 mai dernier (jour où le Conseil d’État a remis son nouvel avis), que la Haute juridiction lui conseillait de faire une étude d’incidences et une consultation publique avant de relancer Doel 1. Et même si la ministre peut théoriquement s’asseoir sur l’avis du Conseil, c’est une pièce qui risque de se retourner contre elle en cas de recours contre son texte de loi. Or des recours sont déjà annoncés, notamment par Greenpeace.

Les partis néerlandophones exaspérés

« Son attitude devient contre-productive. Elle donne l’impression qu’elle a quelque chose à cacher, ce qui donne des arguments à la majorité », entend-on encore au sein de la majorité, avant même d’avoir pris connaissance du nouveau couac lié au Conseil d’État. « Elle manque de transparence avec les députés et le gouvernement. Elle a un peu refait l’histoire. Mais j’associe plutôt cela à de la maladresse », enchaîne un autre.« Les partis néerlandophones commencent à être exaspérés », commente un parlementaire de l’opposition. La députée CD&V Leen Dierick s’est, elle, fendue d’un tweet plutôt musclé, ponctué d’un « que cela ne se reproduise plus ».

Si personne ne parle, ni même n’évoque une démission, les échanges de ce jeudi vaudront certainement le détour en commission. Même les députés de la majorité, plutôt discrets jusqu’ici, devraient sortir du bois.

 

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