SCANDALE A LA VEILLE DES OSCARS.STUPEFAIT, DEPARDIEU A-T-IL GACHE SES CHANCES ? DEPARDIEU DEFEND SA VERTU

Pervers, l'ange blond?

Depardieu défend sa vertu

PARIS

De notre envoyé spécial

permanent

Violeur? Gérard Depardieu, stupéfait, vient d'apprendre que les journaux américains (et les puissantes ligues féministes d'outre-Atlantique) se déchaînent contre lui, l'accusant d'avoir participé à un viol à l'âge de neuf ans.

De l'île Maurice où il se trouve en tournage, l'acteur défend sa vertu. Il s'apprête, en outre, à attaquer en justice journaux et organisations qui ont répandu ces «révélations».

C'est la réaction d'un homme blessé que rapporte, ce week-end, le «Journal du dimanche»: Je démens catégoriquement les propos que m'a attribués «Time magazine» au sujet d'un viol que j'aurais commis à l'âge de neuf ans. C'est infamant, à neuf ans comme à tout âge. Certes, j'ai eu des expériences sexuelles très jeune, mais un viol, jamais. Je respecte trop les femmes.

L'affaire est navrante autant que singulière. Navrante pour l'acteur qui, à 43 ans (marié, deux enfants), a atteint les sommets de son art. Universellement connu à présent, il pouvait espérer décrocher un «oscar», au début de cette semaine, pour son interprétation du «Cyrano» de Jean-Paul Rappeneau. Affaire singulière, car elle a éclaté précisément à la veille de cette attribution des «oscars».

D'où pourrait provenir la calomnie? L'affaire remonte à une interview accordée - en français - par l'acteur à une journaliste du «Time Magazine», Victoria Foote, le 4 février dernier.

LOUBARD DANS

TOUTE SA CANDEUR

A la fin de l'interview qui constituait un portrait de l'artiste d'ailleurs extrêmement élogieux, la journaliste, qui parle parfaitement la langue de Molière, fait allusion à une révélation faite, il y a 13 ans, à la revue de cinéma «Film Comment». Elle lui demande s'il est vrai qu'il aurait «participé» à son premier viol à l'âge de 9 ans.

- Oui, répond l'acteur.

- En avez-vous commis d'autres? poursuit-elle.

- Oui, mais c'était absolument normal, dans ces circonstances (NDLR: circonstances relatées par «Film Comment» en 1978). Tout cela me fait rire. C'était une partie de mon enfance.

Quatre lignes! Mais elles révèlent chez l'acteur une dangereuse candeur et, surtout, une méconnaissance complète de l'opinion publique américaine, dominée par les organisations et autres clubs féminins!

Voici le «contexte» tel qu'il ressort de l'interview de 1978: l'enfance de jeune loubard vécue par Gérard, dans la rue - théâtre quotidien de sa vie d'enfant de famille nombreuse pauvre - à Châteauroux, sa ville natale. - J'étais toujours le plus jeune, celui à qui on devait montrer les choses, raconte-t-il au reporter d'alors.

Pas vraiment un ange, grand et fort, Gérard fréquentait dès l'âge de 9 ans des copains plus âgés que lui, notamment un certain Jackie qui l'a emmené un jour dans un dépôt de bus.

C'est lui qui m'a fait participer à mon premier viol, dit-il. C'était normal. Après cela, il y eut plein d'autres viols, trop pour les compter. Il n'y avait rien de mal à cela. Les filles voulaient être violées; je veux dire, il n'y a jamais eu véritablement de viol.

Et d'expliquer: Il s'agit seulement d'une fille qui se met elle-même dans la situation dans laquelle elle veut être. La violence n'est pas commise par ceux qui passent à l'acte, mais par les victimes, celles qui permettent que cela arrive. Déclarations passées totalement inaperçues à l'époque.

Mais, en pleine campagne des «oscars», au moment où le nom de Gérard Depardieu est cité abondamment, les quatre lignes sans commentaires adéquats de «Time Magazine» attirent l'attention, et bientôt la foudre.

LES FÉMINISTES VEULENT

BOYCOTTER «GREEN CARD»

Une journaliste du «Washington Post», Judy Mann, le désigne à la vindicte des ligues puritaines et des «Women's club»: «M. Depardieu a un passé très sordide», écrit-elle, citant «Time» et aussi la vieille interview de «Film Comment». Et de pousser à boycotter Depardieu au cinéma (son film américain «Green Card» fait une belle carrière aux USA).

Du coup, c'est le déchaînement médiatique. Des lecteurs de «Time Magazine» dénoncent dans leur hebdo «la conduite criminelle de Depardieu» et tancent l'acteur: «Monsieur, maintenant que l'Amérique est informée sur votre compte, vous ne ferez pas carrière ici!». Un journal à scandale, le «National Enquirer», titre: «Le nominé aux «oscars» admet qu'il était un violeur». La National Organisation for Women, un des groupements féministes les plus importantes des States, exige des «excuses publiques» de l'acteur.

Toute cette agitation répand la consternation à l'île Maurice, où Gérard Depardieu annonce qu'il ne se déplacera pas pour les oscars. A Paris, Jack Lang, le ministre de la Culture, a fait parvenir à l'acteur ce message: «Cher Gérard, je suis indigné par ce coup bas. Une telle bassesse est indigne de la presse d'un grand pays. Je suis de tout coeur avec toi».

JACQUES CORDY

Scandale à la veille des oscars

Stupéfait, Gérard Depardieu

a-t-il «gâché ses chances»?

WASHINGTON

De notre envoyée spéciale

permanente

Depardieu a gâché ses chances de jamais obtenir un oscar: le «New York Times» est formel sur ce point. L'entretien paru dans «Time» au début du mois de février a sérieusement terni l'image de l'acteur français, à l'affiche aux États-Unis avec «Green Card» et «Cyrano de Bergerac». Même s'il se défend et s'apprête à attaquer en justice journaux et organisations qui ont répandu ces «révélations».

Un démenti de l'acteur, actuellement en tournage à l'île Maurice, a paru en effet dans la presse française du week-end, et, à Los Angeles, Jean-Paul Rappeneau a annoncé que les avocats de son «Cyrano» avaient pu obtenir l'enregistrement de l'interview récente à «Time», lequel, selon eux, ne contient rien de compromettant.

Si l'on en juge par les réactions des lecteurs du magazine, c'est autant le passé peu glorieux de Gérard Depardieu que son absence de repentir, tels qu'ils apparaissent dans l'article du «Time», qui ont choqué le public américain.

En 1978, dans un entretien accordé au magazine «Film Comment», il avait raconté son enfance de petit voleur, avec des armes pour jouets, et avait admis avoir pris part à un viol à neuf ans. «Time» est revenu à la charge et Depardieu n'a pas nié: C'est exact, a-t-il expliqué, mais c'était absolument normal, vu les circonstances. Cela fait partie de mon enfance.

Les féministes américaines voudraient voir l'acteur faire des excuses publiques et proclamer clairement que le viol est un crime. Ou bien elles proposent qu'il verse une large somme à un centre d'aide aux femmes. D'autres, et pas seulement des femmes, prônent plus radicalement le boycott de tout film auquel Depardieu participerait: l'image d'Épinal du voyou au grand coeur ne passe pas du tout la rampe dans un pays où la violence est quotidienne.

La polémique intervient en effet au moment où les statistiques révèlent que la violence contre les femmes a augmenté de 50 % en quinze ans, aux États-Unis. Le viol est le crime dont la fréquence s'accroît le plus rapidement et un sénateur démocrate fait activement campagne pour que cela soit désormais considéré comme un crime de haine, ce qui ouvre de plus larges recours aux victimes. Dans ce contexte, veille des oscars ou pas, cabale ou pas, les propos de Depardieu ne pouvaient que susciter des réactions incendiaires.

NATHALIE MATTHEIEM

Article page 18