Le rappeur Naps condamné à sept ans de prison pour viol

A la lecture des motivations du verdict, la victime a fondu en larmes. Stress post-traumatique, expertises, urgence à relater les faits, propension à répondre à toutes les convocations, à accepter les confrontations avec son agresseur… « Elle ne connaissait pas Nabil Boukhobza, n’avait aucun intérêt à cette dénonciation », a justifié la présidente de la Cour criminelle départementale de Paris.
Nabil Boukhobza – dit Naps – a été condamné ce jeudi à une peine de sept ans d’emprisonnement ferme, suivant les réquisitions du parquet général. Le rappeur marseillais est également inscrit au fichier des auteurs d’infractions sexuelles. Soumis à un mandat de dépôt à exécution immédiate, il passe sa première nuit en détention dès ce jeudi soir. La cour l’a reconnu coupable du viol de Fanny (prénom d’emprunt) pendant son sommeil, dans un hôtel parisien en 2021. Sous l’effet de la fatigue, de l’alcool et du protoxyde d’azote, et alors que ses amies étaient plus ou moins endormies autour d’elle, Fanny a subi une pénétration imposée par le rappeur pendant son sommeil.
Avant le délibéré, le rappeur marseillais avait pris la parole, clôturant quatre jours de procès : « Je n’ai jamais eu l’intention de violer qui que ce soit, vous avez mon avenir entre vos mains. » Une heure après l’annonce du verdict, son conseil a annoncé l’intention d’introduire un appel : « Naps est resté constant dans ses déclarations, et la plaignante n’a cessé d’avoir des versions évolutives. La décision est incompréhensible, évidemment nous allons faire appel. »
« Il n’y a pas d’accusé type »
C’est sur l’intention et la lecture du drame que les quatre jours de procès se sont joués côté défense. Invoquant « le doute », « la question de la sincérité ». L’un des avocats du rappeur aura tenté : « Pour moi, tout le monde dit la vérité dans ce dossier. Sa vérité. » Et aura même souhaité « bon courage » à la Cour pour trancher sur « l’intentionnalité » du viol dont son client était accusé.
Or les réquisitions du parquet général ont visiblement convaincu, notamment l’évocation de la notion de « victimisation secondaire », cette violence supplémentaire que la procédure judiciaire inflige aux victimes de violences sexuelles. L’avocate générale Sarah Cadeillan a enfoncé le clou, dénonçant des débats focalisés sur « la tenue de la plaignante, son comportement en boîte de nuit, son passé sexuel, ses agissements après les faits ». Autant d’angles d’attaques utilisés par la défense du rappeur. En écho à l’affaire Pelicot, qui a pointé la banalité et la grande variété des profils des violeurs, la magistrate a rappelé « que les récentes affaires judiciaires nous apprennent qu’il n’y a pas d’accusé type, et qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises victimes ».
A la lecture du verdict, Naps, visiblement abattu comme en témoignent les confrères et consœurs présentes au tribunal, a longuement pris son épouse dans ses bras.
Une affaire aux circonstances similaire à Toulon
C’est en 2021, au moment des faits pour lequel il a été condamné ce jeudi, que la carrière de Naps est au sommet, avec la sortie de son morceau La kiffance dans la foulée de sa participation au morceau devenu culte : Bande organisée. Né à Marseille en 1986, issu d’un quartier populaire, il se passionne pour le rap et la scène musicale marseillaise et se fait connaître à partir de 2014 avec ses premiers projets autoproduits. L’album Pochon bleu (2017) le propulse sur le devant de la scène nationale, suivront des titres emblématiques, comme Capuchés qui connait un succès massif sur les plateformes et dans les clubs. Une carrière, qui, si elle le hisse parmi les poids lourds du rap français, aura été largement ponctuée d’accusations de violences sexuelles. Car les faits qui se sont déroulés à Paris en 2021 ne seraient pas isolés.
En août 2024, alors qu’il venait d’être renvoyé devant la justice dans le dossier jugé cette semaine à Paris, le rappeur a été mis en examen à Toulon pour deux viols et trois agressions sexuelles dans une affaire aux circonstances similaires. Toujours en cours d’instruction, cette procédure le met en cause à la suite d’une nuit passée dans un hôtel du Var avec trois jeunes femmes rencontrées en soirée, sur fond d’alcool et de stupéfiants. Deux d’entre elles affirment avoir subi des pénétrations alors qu’elles dormaient.
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