Comment parler d’un accident pro à un entretien d’embauche ?

En cette période propice aux candidatures, beaucoup s’interrogent sur les informations à dévoiler ou à ne pas divulguer à un potentiel recruteur. « Je suis actuellement en congé maladie pour un épuisement professionnel », partage Isabelle*. « C’est la deuxième fois que cela m’arrive chez mon employeur actuel, une institution publique. Je ne suis plus du tout en accord avec sa gestion du personnel. Dès que j’irai mieux, je compte changer de boulot, même si je n’ai aucune idée de comment présenter mon vécu en entretien. » Doit-on parler de ses désaccords passés à un recruteur ? Les candidats sont nombreux à se poser la question.
« Je ne vois rien de bénéfique à cacher des choses, quel que soit le sujet. Toute une série d’informations finit souvent par se savoir une fois la personne en poste, ce qui brise automatiquement la confiance avec le nouvel employeur », explique d’emblée Gregory Renardi, senior managing director de PageGroup Belgique et Luxembourg. « Un entretien d’embauche sert à approfondir », rappelle Kevin Biren, coach carrière et fondateur du bureau EmploQuest. « A ce stade, le recruteur s’est déjà fait une idée du parcours du candidat. Ce qu’il veut sentir et cerner, c’est sa personnalité et ses valeurs. »
En parler plutôt que masquer
Les spécialistes du recrutement s’accordent sur l’importance de l’authenticité et de la franchise, qu’on ait connu un burn-out ou un cas de harcèlement au préalable. « Il faut faire attention aux mots qu’on utilise. Certains recruteurs sont empathiques, d’autres pas. Je conseille toujours de jouer la prudence, sans pour autant minimiser ce qu’il s’est passé », appuie Kevin Biren. « Il n’y a pas de réponse universelle. Tout dépend du contexte et de ce que la personne a vécu, et aussi d’où elle en est psychologiquement. Il faut éviter une situation où on se sent vulnérable », indique à son tour Clarissa Pryce, manager chez Robert Walters, groupe actif dans la consultance en recrutement.
Tout ou presque peut s’expliquer. C’est quand il y a une zone d’ombre que le recruteur aura envie de creuser
Autre cas de figure, un licenciement, qu’on n’assume pas toujours non plus. « Si on est encore dans la rancœur ou le choc de l’annonce, il ne faut surtout pas vouloir se précipiter. Un entretien n’est ni le lieu ni le moment de vider son sac. Plutôt que de parler de son employeur, il faut parler de soi chez l’employeur », affirme encore le fondateur d’EmploQuest. « Après, ce n’est pas une honte d’être viré. On peut tout à fait expliquer ce qu’on en retire comme bilan et faire son autocritique. » Lorsque l’on est en poste et que l’on postule, il ne faut pas non plus hésiter à expliquer pourquoi on serait prêt à partir ailleurs. « Tout ou presque peut s’expliquer. Il y a plein de raisons de vouloir quitter un poste. C’est quand il y a une zone d’ombre que le recruteur aura envie de creuser », note Clarissa Pryce.
Rester factuel, neutre et mesuré
Quel que soit le niveau de complexité de son historique professionnel, le plus important, quand on parle de son parcours, est de rester factuel. « En tant que recruteur, ce qui m’intéresse c’est de connaître les compétences que la personne a développées, mais aussi et surtout les réalisations concrètes. En d’autres termes, ce qu’il lui a apporté et l’héritage qu’il laisse », dévoile Gregory Renardi. « Se vendre en entretien, c’est du storytelling. Je veux comprendre ce qui amène un candidat en face de moi. »
Rester factuel ne veut pas dire se concentrer uniquement sur le positif. « Toute carrière est faite d’échecs ou de moments plus difficiles. Si la personne va mieux, si elle a appris de la situation, se connaît mieux elle-même ou gère mieux son stress, elle a acquis des points forts très appréciés », détaille Clarissa Pryce. La même logique s’applique en cas de conflit plus ou moins ouvert en interne. « On peut expliquer son point de vue, sans rentrer dans les détails et avec respect, sans critiquer son ancien manager », conseille Gregory Renardi. « Faire référence à un désaccord suffit largement. Dans un monde ultra-connecté comme le nôtre, il faut protéger au maximum sa réputation. La manière dont on quitte une entreprise est très importante. » Et Clarissa Pryce de conclure : « En entretien, on doit parler du futur, plus que du passé. »
*Le prénom a été modifié sur demande de l’intéressée.Contenus sponsorisés





















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